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Agro-industrie : une mise à mort programmée de la « vraie » agriculture Bio

Si l’objectif de Terraponia est effectivement de rétablir un maximum de vérités dans le domaine de l’alimentation, je ne suis pas prêt pour cela à oublier la passion qui m’anime. C’est cette dernière qui me fait chercher jour et nuit des informations que peu connaissent et qui, pourtant, méritent d’être sues dans une optique de vie saine et consciente.

A ce sujet, le communiqué de presse ci-dessous est directement issu du site Nature & Progrès (février 2016) et témoigne d’un fait réel : un grand danger plane sur l’avenir de la « vraie » agriculture biologique … aux sens éthique et originel du terme. Les lobbies de l’agro-industrie pèsent désormais tout autant dans les hautes sphères que les lobbies financiers, ce qui ne présage rien de bon le Bio. Au regard de la politique de cartellisation – issue de la globalisation – en cours, la bonne santé par l’alimentation sera-t-elle encore possible dans une dizaine d’années ? Voilà une question qui laisse dubitatif, encore plus après lecture de ce document de Nature & Progrès .


Le mot bio bientôt confisqué aux acteurs historiques de cette agriculture ?

… de l’utilisation arbitraire des mots « bio » ou « éco »

Février 2016 – D’un côté, certains mouvements historiques de l’agriculture biologique, résolument opposés à l’agriculture chimique industrielle, sont enquêtés sur l’usage qu’ils font dans leur communication des préfixes « bio », et « éco »… De l’autre, les plus gros pourvoyeurs de pesticides toxiques – Bayer, BASF, Dow, Syngenta, etc.1 s’apprêtent en toute impunité à s’offrir une virginité en devenant les leaders du «Bio-contrôle »…

Au cours de l’année 2015, certaines structures historiques de la Bio, le syndicat des Simples, Demeter Nature & Progrès (N&P) et BioCohérence, ont été enquêtées par les services des Fraudes2. Les contrôles ont porté sur l’usage des termes de l’agriculture biologique au sein de ces différentes organisations. Objectif : “protéger” le consommateur contre d’éventuelles ambiguïtés ou confusions, voire tromperies, que pourrait générer la communication de ces structures.

Il a été demandé aux SIMPLES (homologués en 1988) et à N&P (homologués en 1986), d’éviter toute confusion entre leurs marques et le label bio européen (né en 1991) dans leurs outils de communication commerciale. Comme ces mouvements n’obligent pas leurs adhérents à être labellisés dans le cadre du Règlement Bio Européen3, ils ont particulièrement été mis en garde sur l’utilisation des termes réservés à la certification biologique, les préfixes et suffixes “bio”, “éco” et “biologique”, “écologique”…

Ces demandes sont d’autant plus paradoxales que l’on doit à ces mouvements historiques de la Bio l’émergence de cette agriculture spécifique!

La bio : un mouvement citoyen agro-écologique, bien avant d’être un label !

Bien avant d’être réduite à un label, fût-il de qualité, l’agriculture biologique est un concept pratique et philosophique hérité d’une vision de l’agriculture respectueuse de la nature et des êtres vivants. Elle est née au cours du XXème siècle de la pensée de ses pionniers : Albert Howard, Hans et Maria Müller, Ehrenfried Pfeiffer, Rudolf Steiner et Masanobu Fukuoka… Sur les traces de ces précurseurs, les organisations Demeter4, Nature & Progrès5, Simples6, puis BioCohérence7 ont fondé leur existence sur un objectif commun, transversal à toutes leurs structures : une agriculture écologique à échelle humaine, ancrée dans les territoires pour une alimentation saine à la disposition des citoyens. Créées respectivement en 1930, 1964, 1978 s’agissant de ses organisations les plus anciennes, les valeurs qu’elles portent sont présentes depuis toujours dans leurs cahiers des charges :

  • Le respect du vivant (sol-végétal et animal) par des techniques respectant les écosystèmes, la biodiversité sauvage et cultivée, garantissant le bien-être des générations futures.
  • Le refus de l’industrialisation et de la financiarisation de l’agriculture en prohibant l’utilisation des produits chimiques de synthèse, des nanoparticules, des organismes génétiquement modifiés qui mettent en danger les équilibres de la biosphère et compromettent l’existence du vivant.
  • Le développement d’une agriculture familiale, à taille humaine assurant une vie économique et sociale des territoires, l’autonomie et une vie digne des paysans.

Ces valeurs sont en train de disparaître du règlement européen de la Bio. Graduellement vidé des exigences écologiques, des finalités globales et citoyennes qui ont présidé à sa création en 1991, le label AB pourrait bientôt se résumer à un simple contenu technique.

La finalité des ces contrôles serait-elle d’éjecter les “moutons noirs” ?

Il est souvent avancé que l’agriculture biologique est impossible à pratiquer, que les produits alimentaires qu’elle fournit sont trop chers etc. C’est ignorer le prix considérable des « externalités » liées aux dégâts écologiques et sanitaires de l’agriculture chimique et de l’alimentation industrielle.

L’étude réalisée en 2013 par l’INRA8, intitulée « Analyse des performances de l’agriculture biologique» et qui se questionne sur : « Comment rendre l’agriculture biologique plus productive et plus compétitive? » en dit long sur la pente qu’on entend faire suivre à la Bio.

Dans ce contexte, le Ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, souhaite faire de la France un leader de l’agroécologie et du « Bio contrôle ». Une vision pour le moins intéressante au regard des adhérents de l’association française des entreprises du biocontrôle (IBMA France) parmi lesquels BASF, Bayer, Dow, Syngenta…

Les mouvements Simples, Demeter, BioCohérence et Nature& Progrès ont une vision très différente de l’agroécologie. Est-ce pour cela que les pouvoirs publics auraient voulu, cette année, « dépoussiérer » la mouvance historique de l’agrobiologie de certains de ses éléments minoritaires, critiques, en allant les « visiter » et les positionnant au rang de « hors-la-loi » ?

Ces organisations dont les adhérents respectent des cahiers des charges exigeants ne sont en effet pas des opportunistes surfant sur la vague d’une Bio en plein essor : elles comptent à elles seules quelques 182 années de lutte contre l’invasion de l’agriculture industrielle et chimique ! On aimerait bien leur ôter la possibilité de le revendiquer en leur volant tout simplement « les mots pour le dire » ! Mais elles n’accepteront pas d’être aussi facilement éjectées par les seules voies réglementaires. Car elles savent que leurs attentes sont celles du public. C’est pourquoi leurs fermes, leurs pratiques et leurs savoir-faire sont ouverts à tous : pour elles, il s’agit avant tout d’essaimer, pas de s’approprier l’agrobiologie !

 

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Notes :

1-Liste des adhérents de l’association française des entreprises de produits de biocontrôle (IBMA France)

2-Ces enquêtes ont été menées par les SNE régionaux (Service National des Enquêtes) de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence de la Consommation et de la Répression des Fraudes)

3-Règlement bio européen 834/2007, mis en application en 2009

4-Demeter, est une marque créée dès 1930 par le mouvement biodynamiste allemand.

5-Créée dès 1964 par des producteurs et des consommateurs bio, Nature & Progrès est à l’origine, en 1972, de l’écriture des cahiers des charges qui serviront plus tard de base à la réalisation des cahiers des charges bio français, puis européens. Source : L’un des auteurs de ces cahiers des charges, Claude Aubert, agronome, in « 50 ans de Nature & Progrès, quel bilan » revue N&P n°100.

6-Qui revendique l’agrobiologie dans ses discours et ses publications depuis ses premières structures associatives, comme la “Pensée Sauvage” en 1978

7- BioCohérence a été fondée en 2010. Parmi ses co-fondateurs, on trouve notamment la FNAB (1978), BioBourgogne (1982) et Biocoop (1986). Mais aussi Agrosemens, Val Bio Centre, Bio Direct, Biogalline, Bio Consom’acteurs, Biomonde, Pronatura, Laboratoire Science et Nature, PMAF, E.B.F., FNIVAB et Demeter France

8-Etude réalisée sous la direction d’Hervé Guyomard en septembre 2013 pour le Commissariat général à la stratégie et à la prospective, intitulée « Analyse des performances de l’agriculture biologique ».


 

Prenez soin de vous et visez votre indépendance en termes de santé.

Jimmy

Une réflexion au sujet de « Agro-industrie : une mise à mort programmée de la « vraie » agriculture Bio »